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vendredi 1 mai 2015

De mon voyage à Nagoya (partie 2)

Rebonjour, cher lecteur. Prêt à embarquer pour la deuxième partie de ce voyage à Nagoya ? (Dont, en fait, la deuxième partie aurait dû être appelée "Voyage à Ise" puisque c'est là que je suis allée. Mais passons sur les détails.)

Le lendemain du shôgayaki (oui, mes points de repère se basent sur la nourriture, et alors?), on avait prévu d'aller à Ise (préfecture de Mie). Iwase-san m'avait d'abord demandé ce que je préférais entre Ise et Hikone, et comme je n'étais jamais allée à l'un ou à l'autre, je ne savais pas trop, mais j'avais beaucoup entendu parler de Ise et assez peu de Hikone, mon cœur penchait donc pour Ise. 

Je n'étais pas la seule, et donc, mercredi matin, départ à 8h45 direction Ise. C'est assez loin de Nagoya, Ise, c'est dans la préfecture voisine, Mie (Nagoya se trouve dans la préfecture d'Aichi), et la préfecture de Mie est assez étendue, il faut longer la mer pendant un certain temps (même si la voit assez rarement, tout compte fait) et descendre vers le sud en passant par Matsusaka (là où la viande de bœuf est aussi connue que celle de Kôbe), puis Tsu, puis enfin Ise. 

Quand on a quitté Nagoya, il faisait relativement beau, j'étais donc en confiance pour la journée, et d'excellente humeur à l'idée d'aller voyager - bonne humeur redoublée grâce à mon pont. 

Peut-être que vous avez vu ma petite légende sur une photo du port de Nagoya la fois dernière où je vous parlais de mon histoire d'amour avec le Pont. Comme d'habitude, j'ai des histoires d'amour tout à fait étranges avec des lieux tout à fait étranges, et ce Pont ne fait pas exception. 

Il faut savoir que quand j'habitais à Minato-Kuyakusho, j'étais à deux arrêts de métro du port de Nagoya, et j'allais souvent m'y balader, parce que, comme tu le sauras si tu as lu mon article précédent, c'est un endroit que j'aime beaucoup. Et j'arrivais toujours vers la jetée (de béton) en regardant au loin et en me disant "ah là là, ce pont, il me fait penser au Rainbow Bridge à Tôkyô" - qui est un pont ma foi encore plus joli, et avec qui mon histoire d'amour est cent fois plus puissante (comme tu le sauras peut-être si tu as lu le récit de mes pérégrinations à Tôkyô il y a quelques années).

Toujours est-il que mon amour du Rainbow Bridge a rejailli sur ce pont sans nom (que j'appellerai donc François, tu comprendras pourquoi tout à l'heure), et que je me suis toujours surprise à vouloir le traverser. 

Or, ce matin-là, en allant à Ise, quelle ne fut pas ma surprise en voyant apparaître le pont au loin ! Je n'osais pas croire à ma chance - on allait sans doute passer à côté, ou quoi. Mais que nenni, mes amis ! On était sur la route du pont. On allait traverser François ! Forcément, moi qui étais déjà contente, je me suis retrouvée dans une humeur exceptionnelle. 





J'ai alors réalisé que de Minato-ku, je ne voyais qu'une seule partie du pont ! François était en fait bleu, blanc et rouge ! (Dans cet ordre, qui plus est, pour peu qu'on aille d'est en ouest.)

Bref. Je ne vais pas passer tout mon article à parler d'un pont, mais sachez que j'étais extatique. Il fallait bien ça pour supporter les deux longues heures de bouchons dans lesquels on est restés bloqués par la suite. Heureusement, Iwase-san m'ayant appris à lire et à comprendre les plaques minéralogiques la veille à peine, on s'est amusés à déchiffrer les immatriculations des voitures, à reconnaître d'où elles venaient, à essayer de trouver nos dates d'anniversaire sur les plaques, etc - ce qui est probablement le passe-temps n°1 dans tous les pays en cas de bouchon. 

Le paysage de Mie était magnifique. Très montagneux, et très vert, vu la saison (au Japon, la plupart des montagnes sont couvertes d'arbres). L'autoroute menait jusqu'à la ville d'Owase, qui est apparemment la ville la plus pluvieuse du Japon. On a eu un moment de panique dans la voiture, quand on a vu s'amonceler des nuages noirs avant qu'une pluie torrentielle s'abatte sur nous ; mais il a suffi de passer un tunnel et la pluie a disparu (comme quand on passe du pays Basque français au pays Basque espagnol!). 

De l'autre côté du tunnel, il faisait encore un peu nuageux, mais heureusement, le temps s'est découvert au fur et à mesure de la journée. 

Arrivés à Ise, on est d'abord allés à Meoto Iwa. Je pensais que c'était l'endroit le plus connu d'Ise, sauf qu'en fait il n'apparaît pas si souvent que ça dans les brochures, finalement. Toujours est-il que ça faisait un sacré bout de temps que j'avais envie d'y aller. Meoto Iwa (qui s'écrit avec les kanjis de "fuufu" et "iwa", "fuufu" voulant dire "mari et femme" et "iwa" voulant dire "rocher") se compose de deux rochers sacrés qui sortent de la mer, reliés l'un à l'autre par une corde. 

Meoto-iwa

C'est un endroit très connu, et au solstice d'été, le soleil se couche sur la mer pile poil entre les deux, c'est très joli. (C'était déjà très joli en pleine journée.) Il y avait un petit sanctuaire aussi, avec torii (ces sortes de grandes "portes"), omikuji (des petits papiers de divination qu'on tire d'une urne et qui nous prédisent si on aura de la chance ou pas), ema (des plaquettes de bois sur lesquelles on inscrit nos voeux et qu'on accroche ensuite à un endroit dédié), etc. 

Un torii...

Une grenouille (y'en avait plein, ça doit être un symbole du lieu) avec Meoto-iwa derrière

Les trucs avec des manches servent à se purifier les mains.


Un bout du sanctuaire



Les ema, les plaques où on fait des vœux qu'on accroche ensuite.
Les cloches du sanctuaire. (Quand on prie, on tire la cloche)
Des gros coquillages.

Sanctuaire N&B

Des Koi nobori (bannières de carpes). On accroche ça pour le jour des enfants, le 5 mai.

Quelques cinquantaines de photos plus tard, on a quitté Meoto-Iwa et on est allés manger dans un petit restaurant à côté. J'ai pris un menu anago-tempura (anago est une sorte d'anguille de mer, apparemment nous les français n'avons pas vraiment de mot pour ça, vu qu'il y a aussi unagi qui veut dire anguille mais que ce n'est pas du tout la même chose). Tempura, ça veut dire que ce sera frit, donc par exemple "ebi-tempura" signifie une sorte de beignet de crevette, quant aux tempura de légumes, ce sont des sortes de beignets de légumes... Etc.

J'ai pris un anago-tempura-don, ("don" signifie que le anago-tempura est servi sur un bol de riz) et c'était un excellent choix parce que OH comme c'était trop bon. Il y avait aussi des concombres marinés au vinaigre et de la soupe miso. Aah, que j'aime la nourriture japonaise. Je pourrais écrire des tas d'articles dessus...

Avant...

Après.


Bref, après un repas délicieusement copieux, ou copieusement délicieux, on a repris la route pour le centre-ville d'Ise (c'était pas assez près pour qu'on puisse s'y rendre à pied). A Ise, il y a un très célèbre sanctuaire (le plus grand du Japon, à vrai dire), qui s'appelle Ise-Jingu (sanctuaire d'Ise, donc), où on est allés. 

Ce sanctuaire se divise en deux parties, Naiku (le sanctuaire intérieur), et Geku (le sanctuaire extérieur), séparés l'un l'autre de six kilomètres. On est d'abord allés à Geku, qui se trouvait dans une sorte de bois (enfin, y'avait plein d'arbres) et qui était absolument splendide, comme toujours. Tous les vingt ans, les bâtiments du sanctuaire (qui sont plusieurs) sont reconstruits à neuf, et la dernière fois, c'était en 2013, ce qui fait c'était éclatant de beauté et de propreté. 

Le pont qui mène à Geku

Un des bâtiments de Geku
Avant de passer un torii et d'entrer dans le sanctuaire, on s'incline.

Ensuite, on s'est rendus à Naiku, en traversant une sorte d'allée commerçante façon Japon ancien, avec de vieux bâtiments et tout, c'était magnifique (et bondé).


Oui oui... c'est la rue commerçante.


Toujours la rue commerçante...

C'est plutôt pas mal, hein ?
 
Même les combinis ont de la gueule ici...

En sortant de l'allée commerçante, on est arrivés au sanctuaire en lui-même. On a traversé un pont, et on s'est à nouveau retrouvés en pleine nature dans les bois, avec des bâtiments magnifiques (et neufs (pour certains)), sous un ciel bleu et un soleil incroyable.



Le "shinryoku" (nouveau vert) était juste magnifique.
 
Sanctuaire dans Naiku.


Les arbres étaient zoulis !


En sortant de Naiku, on a retraversé l'allée commerçante, et on s'est arrêtés dans une petite enseigne qui vendait la spécialité d'Ise, l'Akafuku, une sorte d'anko (de la pâte de haricots rouges sucrée) un peu différente de d'habitude. Iwase-san nous a payé de la glace pilée au thé vert avec de l'anko et du mochi, et urgh - c'était tellement bon que j'en ai encore le coeur qui bat et les papilles qui frétillent à en écrire ces mots. On s'est installés sur des petits bancs de bois très japonais, on a mangé nos glaces (encore une fois, tellement bonnes que le mot "excellentes" ne leur rend pas justice), on a bu notre thé vert, et enfin, on est repartis à Nagoya. 
 

La glace pilée au matcha qui était juste, hmm... Le banc en dessous, c'est là-dessus qu'on s'assoit, il y a en a plein dans la pièce (sans table) et les gens se posent pour déguster leur glace et leur thé.

La tâche violette, c'est de l'anko (la pâte de haricots rouges)

Sur le chemin du retour, on est repassés par François, hi hi hi. 

Pour clore cette journée parfaite, on est allés à l'onsen au soir, j'ai bien profité du rotenburo (source chaude à l'extérieur), avec le vent frais du soir sur les bras en ayant le reste du corps plongé dans l'eau brûlante, et ensuite, on est allés manger dans le restaurant d'à côté, et j'ai pris un katsudon (bol de riz avec du porc pané et de l'oeuf dessus), qui doit compter parmi mes plats préférés japonais. Un vrai bonheur.

Le lendemain, je ne repartais que vers midi et demi, alors Iwase-san et son mari m'ont emmené boire un thé matcha dans un petit salon de thé japonais pas loin de chez eux, là où j'avais déjà assisté à une cérémonie du thé la première fois que j'étais arrivée à Nagoya (dont je raconte le déroulement dans un article de ce blog, je crois bien). On pouvait aussi aller se promener dans le jardin, et comme d'habitude, c'était un magnifique jardin.

Le jardin japonais.

Thé vert Matcha et pâtisserie.

Les érables verts et rouges !

Ensuite, ils m'ont emmenée manger dans un restaurant près de la gare de Fujigaoka qui s'appelle "Freshness Burger" et qui fait des hamburgers bien meilleurs qu'au Mc Do - et comme d'habitude, c'était juste trop bon. Et ensuite, j'ai dû prendre le train pour repartir à Takarazuka (en prenant en photo Ibuki-yama sur le chemin du retour, ce qui a poussé le jeune japonais qui était assis en face de moi dans le train à me faire la conversation), mais en promettant que je reviendrais bientôt à Nagoya. 

Ibuki-yama. C'est joli en hiver, comme il n'y a pas d'arbres vers le sommet, c'est tout enneigé.

Et voilà pour mon génial séjour ! Merci encore, Iwase family !

jeudi 30 avril 2015

De mon voyage à Nagoya (partie 1)

Bien le bonjour, cher lecteur !

Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas l'intention de me plaindre dans ce billet, au contraire (ça se fête). En effet, comme je te l'ai annoncé dans un article précédent, j'étais sur le point d'aller incessamment sous peu rendre une visite imminente à ma famille d'accueil, qui habite à Nagoya (d'où le titre de cet article, oui, c'est bien, tu suis), et comme toujours quand il est question de ma famille d'accueil, je serais bien en peine de trouver la moindre petite raison de me plaindre. 

Mais commençons par le début. Un beau jour d'avril, donc, il m'est apparu que ça faisait presque un mois que j'étais arrivée au Japon, et autant de temps où je n'avais pas encore revu ma famille d'accueil, alors qu'on habite sur le même territoire. (Bon, pas tout près tout près, remarque, mais Nagoya est toujours moins loin de Takarazuka que du fin fond du Tarn). Décidant que c'était proprement intolérable et que la situation devait être rectifiée au plus vite, j'ai donc envoyé céans un message à Iwase-san, la maman de ma famille d'accueil, pour lui dire que je comptais passer à Nagoya leur rendre visite, ce à quoi elle m'a répondu que j'étais la bienvenue pour rester chez eux tout le temps que je voudrais. 

Étant tout à fait partante, un dimanche matin, j'ai donc pris mes cliques et mes claques, et au bord de la nausée après avoir fait trop de galipettes avec Thorin (mon vélo (=trop de pentes en allant à la gare sous un grand soleil, matinal, mais chaud quand même)), je suis montée dans le train JR de Takarazuka, avec changement à Ôsaka, Kyôto, Maibara, Ôgaki, pour enfin arriver à Nagoya quelque quatre heures plus tard. 

Aaah, Nagoya ! Ma mère-patrie, ma Terre Sainte, mon chez-moi ! Bon, même si j'exagère un poil, j'étais très contente de revoir la ville où j'ai (ou pas) fait les quatre cents coups pendant un an quand j'étais étudiante à Kendai. (La vérité vraie, c'est que j'ai passé une moitié de l'année à glander dans mon appart et l'autre moitié à bosser comme une forcenée sans une minute à moi, donc, ben la ville, je ne la connais pas siii bien que ça, en fait. Mais qu'importe.)

Comme toujours, ma famille n°2 m'a merveilleusement bien accueillie. Au dîner, takoyaki (boulettes de poulpe) que j'adore (après, c'est pas difficile, concernant la bouffe, j'adore généralement tout, sauf le nattô), et que je n'avais pas encore mangé depuis mon arrivée.  Cette fois-ci, j'ai pensé à vous et j'ai pris plein de photos.

Takoyaki faits maison !
 
Le lendemain lundi, Iwase-san travaillant, j'avais prévu d'aller rendre visite à mes anciennes collègues de la boulangerie, qui m'ont fait l'honneur de pouvoir se libérer un peu pour qu'on aille manger ensemble, mais pas avant 14h. Ce qui m'a donc laissé la matinée libre pour aller visiter un peu les lieux qui m'évoquaient des souvenirs, comme Sakae (le centre-ville), le sanctuaire d'Ôsu Kannon, et les environs. 

Le sanctuaire d'Ôsu Kannon, avec les deux madames en kimono qui passent devant.

Un tout petit truc à côté d'Ôsu Kannon auquel je n'avais jamais accordé vraiment d'attention jusque là mais qui était très joli avec les azalées en fleurs.


Le shôtengai (galerie marchande couverte) près d'Ôsu Kannon, où j'adore aller me balader.

Un petit sanctuaire trouvé par hasard en passant entre Ôsu Kannon et Kamimaezu.


Finalement, je suis enfin arrivée à Minato-Kuyakusho, l'arrêt de métro où j'habitais et où je travaillais en tant que boulangère. Mazette ! Que de changements ! Plus de terrain vague à côté de la gare, remplacé par du béton de parking pour trois nouvelles enseignes, un restaurant d'udon (des sortes de grosses pâtes blanches gluantes), un restaurant Comeda, et un Lawson (convenience store) tout nouveau tout beau, ce qui m'a rendue très jalouse parce qu'il n'y avait pas de combini quand moi j'y habitais et c'était quelque chose dont je me plaignais souvent (car j'aime me plaindre, comme vous le savez). 

Je sais pas si vous voyez, mais y'a mon Valor là-bas derrière ! (Le bâtiment blanc avec l'écriture rouge et le gros poteau électrique devant (oui je sais, la photo est magnifique))

Minato-Kuyakusho s'est donc vu honoré d'un combini qui lui manquait jusque là cruellement, et qui m'a fait manquer Minato-Kuyakusho cruellement. 

Toutefois, la navette gratuite qui allait jusqu'au centre commercial Aeon, à une vingtaine de minutes à pied de là (et cinq minutes en vélo) ne tournait plus, et je me suis dit que bon, finalement, tout ne changeait pas en mieux. J'ai donc fait la route à pied (parce que j'avais oublié mes omiyage (cadeaux-souvenirs) pour mes collègues et que j'avais trop la honte de me présenter sans rien leur offrir, et que je me souvenais qu'il y avait une boutique Kaldi Coffee Farm à Aeon qui vendait des produits étrangers, et entre autres français), sous une chaleur cuisante (j'ai PEUR pour cet été). A peine étais-je arrivée à Aeon que la navette sus-nommée quittait le parking, reconnaissable à sa couleur violet clair, et que je me rendais compte que tout compte fait, elle tournait toujours - simplement, ils avaient juste enlevé les horaires de l'autre côté. Hu hu hu. 

Bon, c'était toujours une bonne nouvelle, ça voulait dire que je n'allais pas faire le chemin du retour à pied sous le cagnard, et qu'il me restait assez de temps pour aller trouver des cadeaux. Convaincue par deux bouteilles de cidre doux, des tartelettes Bonne Maman à la fraise et au citron, et un pot de confiture de châtaignes (la même que celle que je consommais goulument en France, juste deux fois plus petite et trois fois plus chère), je suis donc passée en caisse, où la vendeuse m'a fait tirer deux tickets à gratter dans une urne et s'est extasiée de me voir gagner deux fois.

Forte de mes réductions et de mes cadeaux français (aux étiquettes japonaises, mais qu'importe), j'ai retrouvé mes boulangères, qui étaient enchantées de me revoir et qui se sont mises à me parler du bon vieux temps, de ce qui avait changé, de mon ex-chef bien-aimé qui est parti à Toyama (mais qui se rappelle encore de moi, youhou!) et de comment c'est nul depuis qu'il est plus là parce que le nouveau chef ne vient jamais les voir dans la boulangerie, et comment la boulangerie fait beaucoup moins de chiffre d'affaires depuis que je suis partie. (Véridique !! Bien que je ne sois pas sûre que les deux faits soient liés...)

Un restaurant d'udon plus tard (où mes collègues s'émerveillent de me voir manger des udon froids et des tempura (trucs enrobés de friture, en l'occurrence, crevette et légumes), comme si je ne mangeais pas tout ce que le Japon a à me servir ! Moi !), on va boire un petit verre à l’œil à la boulangerie, où les nouvelles qui ont pris ma place ont l'air très gentilles et très souriantes, et puis mes deux collègues doivent retourner travailler, et je leur fais la promesse de les prévenir à temps la prochaine fois pour qu'on puisse aller faire un karaoke ensemble un matin (apparemment, c'est moins cher le matin).

Ceci fait, je décide d'aller me balader un peu dans le coin.

Rubrique : les coins préférés de Sana au Japon
Coin n°1 : le port de Nagoya

Autant mettre les choses au clair tout de suite. Le port de Nagoya n'est pas très joli. Ce n'est pas un port de plaisance, c'est un port de commerce, et l'eau n'est pas très belle, toute rouge (oui, ne me demandez pas comment ça se fait, parce que je n'en sais rien, mais sachez que je n'exagère pas, cette fois, il aurait fallu me payer pour que je mette un doigt de pied dedans), et on est dans une baie, donc on ne voit pas vraiment la mer, on sait que c'est la mer, mais on ne la voit pas, et au bout, il y a un énorme pont (que j'adore, mais là n'est pas le sujet), et des caisses de containers, et une jetée en béton, et bref - c'est pas très joli. 

Toutefois, lorsqu'on sort du métro "Nagoyako" (port de Nagoya), qu'on laisse sur sa droite le très célèbre aquarium (auquel je ne suis jamais allée alors que j'ai habité à trois pas pendant un an), et qu'on continue, les voitures ne viennent plus sur l'avenue (vu qu'au bout, c'est le port, donc c'est une impasse), il y un très grand bâtiment blanc qui a une forme bizarre, qui est probablement le bâtiment où sont gérées les entrées et les sorties du port, et à gauche, il y une immense esplanade, où ont lieu des festivals pendant l'été (le feu d'artifice du port est tiré pas loin de là), mais qui, lorsque j'y vais, est juste absolument désert, et un joli parc derrière, tout aussi désert, et encore après ça, les dernières façades italiennes que j'avais repérées la première fois et qui étaient en cours de destruction et qui ne seront probablement plus là la prochaine fois que je viendrai. 

Le bâtiment bizarre, que j'aime beaucoup

Le port. Vous voyez le pont au fond ? C'est mon pont. (Mais cette histoire d'amour sera pour le prochain article.)
Ma fontaine (et si vous regardez bien, vous voyez un joli plan de glycine derrière, devant les palmiers)

Près de la jetée (on voit pas trop le béton, tant mieux.)




Mes façades italiennes qui vont sans doute disparaître sous peu...

Mon immense esplanade vide que j'aime beaucoup aussi.

Bref, j'adore ce parc, son calme, et le fait qu'il n'y ait jamais personne là-bas (j'aime beaucoup les endroits déserts), et quand il fait beau (et ce lundi, il faisait très beau), j'ai toujours l'âme qui chante de venir là. 

Après avoir profité de la solitude du lieu, des glycines dans le parc, de la fontaine toute bleue, de l'esplanade vide au soleil, et de la vue sur la mer (oui, elle est pas jolie, mais ça reste la mer!), je suis repartie chez la famille Iwase, où on a joué au Jungle Speed que j'avais offert aux enfants à Noël d'il y a deux ans et demi, et où on a mangé des boulettes de viande frites au soir qui étaient délicieuses. 

Le lendemain, j'avais pour projet d'aller du côté de la fac, et du parc de l'autre côté de la Linimo (le métro local). 

Rubrique : les coins préférés de Sana au Japon
Coin n°2 : Moricoro Park

J'aime beaucoup les endroits calmes et déserts. Moricoro Park étant situé de l'autre côté de l'arrêt de train de ma fac, je m'y suis rendue plus souvent qu'à mon tour à la pause déjeuner, ou lorsqu'un cours était annulé, pour profiter du calme du jardin zen et de la jolie balade à côté. 

Manque de bol, ce mardi-là, il y avait un évènement particulier, et des hordes d'écoliers en chapeaux jaunes peuplaient la Linimo et convergeaient vers le parc à la sortie du métro. Je me suis dit "ouh là". (Il faut savoir que je n'ai pas trop la fibre avec les enfants.) Mon plan "je m'arrête à Moricoro Park et je lis tranquillement assise dans un petit coin tranquille à l'ombre avec devant moi le lac et les beaux arbres aux feuilles ondulant tranquillement dans le vent" s'est vite transformé en "je joue à cache-cache avec les écoliers et j'emprunte les chemins où ils n'y sont pas". Je n'avais pas trop la foi de me faire dévisager bouche bée pendant toute une matinée, et ça avait déjà bien commencé dans la Linimo, avec les gosses qui étaient à côté de moi. 

J'ai donc bien pris mon temps pour les laisser partir devant (technique qui n'a servi à rien au demeurant puisqu'ils se sont installés par terre à l'entrée pour recevoir des instructions de leurs professeurs). Je me suis donc dépêchée de les laisser derrière, en passant par l'ouest, où j'avais souvenir d'une petite promenade toute sympathique avec une sorte de petit promontoire, un peu reculé. A peine arrivée au promontoire, débarque une nouvelle horde de gamins. Je m'enfuis donc vaincue, et me dirige vers le sud du parc, la Promenade n°1, ma préférée avec le lac, et le jardin zen. Ouf, apparemment, l'évènement avec les gosses avait lieu dans la partie nord, et ils ne m'ont pas suivie jusque là. J'ai donc pu tranquillement m'extasier sur la beauté et la tranquillité du lieu, sur le magnifique vert des érables (shinryoku, "nouveau vert", c'est comme ça qu'on appelle les feuilles du printemps qui viennent juste de naître, et c'est magnifique), et lire avec un profond sentiment de béatitude. 

Les érables verts et les érables rouges (qui ne sont normalement rouges qu'en automne, au moment de kôyô, mais là c'est une sorte particulière d'érables, paraît-il).

La Promenade du Moricoro Park que j'aime tellement, et qui est magnifique tout le temps, mais encore plus au printemps et à l'automne.

Un joli petit pont japonais.

Contraste d'érables avec le lac derrière...

Puis, je suis allée visiter ma fac, et surtout les endroits que j'aimais le plus : là où les pianos peuvent être utilisés par tout le monde dans de petits studios, et derrière la cantine, là où on a une jolie vue sur les collines de derrière (mon ex-fac est un peu perdue dans la nature, et c'est très joli). 

Ensuite, j'avais rendez-vous avec Iwase-san, qui voulait me faire connaître un endroit qu'on lui avait fait connaître : un parc nommé Shiomi Kôen dans la ville de Tajimi (je dis ville, mais en fait le parc était en pleine montagne, vraiment, il fallait monter une route en zigzag pendant un quart d'heure, déconseillé à ceux qui sont malades en voiture!). Un endroit absolument désert lui aussi, d'où, par les jours de beau temps, on peut voir les hautes montagnes de Nagano, le mont Ontake (celui où il y a eu l'éruption), la montagne Ibukiyama de l'autre côté, bref. Ce jour-là, il faisait un peu brumeux donc on n'a pas pu les voir, mais la vue était quand même sublime ! 

Il y avait aussi dans le parc un petit bois magnifique, qui sentait la nature, avec un rossignol japonais qui chantait, sans aucun bruit parasite, pas de voiture, pas de camionnette d'élection, rien que le vent dans les feuilles et le chant des oiseaux, le petit tube de bois de bambou typiquement japonais qui se remplit d'eau avant de tomber avec un "poc" et de se remplir à nouveau, et qui s'appelle shishi odoshi (si vous ne voyez pas de quoi je parle, eh bien tant pis, je ne peux pas trop le décrire, parce que c'est vraiment quelque chose de typiquement japonais), et c'était juste le bonheur sur terre. (J'aime beaucoup la nature.)

Le shishi-odoshi, le "truc qui fait poc!" à gauche (le lien mène à son article Wiki).

Le bois tranquille et paisible de Shiomi Kôen.

Ensuite, on est rentrés à la maison, et le soir, on a mangé un shôgayaki (de la viande cuite dans la sauce shôga) cuisiné par Iwase-san qui était si bon que j'aurais pu lécher l'assiette si je n'avais pas eu peur de paraître mal élevée (même si j'étais à deux doigts quand même). 

Et le lendemain, ah, le lendemain... Le lendemain, on est allés à Ise. Mais c'est encore une longue partie, donc je vous la raconterai dans un autre article. 

A bientôt !

jeudi 23 avril 2015

Du Japon et du bruit (ou l'art de se plaindre)


Il y a un truc qui me fascine (ou pas, c'est une figure de style) avec le Japon, c'est la relation contradictoire qu'ils ont avec le bruit.

Généralement parlant, les Japonais sont des gens tranquilles et disciplinés, c'est bien connu. On ne rit pas trop fort dans la rue, on ne parle pas trop fort dans le métro, on n'y téléphone surtout pas pour ne pas déranger les autres, bref, on attend des citoyens qu'ils soient des gens civilisés. Ce que je respecte. Dans mon appartement, il est interdit de marcher trop fort, de mettre la musique trop fort, de parler trop fort, et faire une fête entre amis est proprement inimaginable. Pas plus tard que ce matin, et après moins d'un mois passé dans mon appartement, j'ai déjà reçu dans ma boîte aux lettres un prospectus déclarant que quelqu'un faisait trop de bruit dans l'immeuble et qu'il faudrait baisser d'un ton. (Je ne me suis pas sentie visée, parce que je passe toutes mes journées à travailler ou à lire en silence, à part les fois où je passe l'aspirateur (mais comme il fait un potin du tonnerre j'essaie de faire ça le plus vite possible.))

Toujours est-il qu'on nous demande d'être très calmes. À les entendre, il faudrait presque arrêter d'exister. (Pas de fête avec ses amis ? Pas de musique ? Ça va quoi, on n'est pas des bêtes! Faut se détendre, les mecs!)

Et à côté de tout ça, il y a la rue. La Rue.

Je ne comprends pas comment, tout en insistant AUTANT sur l'importance de respecter le calme de ses voisins de palier, les japonais peuvent être aussi tapageurs dehors. Je suis censée habiter un quartier tranquille, une rue isolée, où il n'y a pas beaucoup de passage, et pourtant.
 
Bon, déjà, il y a l'aéroport dans la ville d'à côté, Itami. Mais ça c'est pas pareil, j'aime bien voir les avions décoller, et le bruit ne me dérange pas. Bref.
Il y a d'abord le camion des poubelles, qui fait sa petite musique caractéristique "coucou, c'est nous les éboueurs, on espère que vous avez sorti vos poubelles, sinon on vous le rappelle en mettant la musique à fond", et qui bien entendu, passe à huit heures du matin. Cinq jours sur sept.

La musique s'appelle "La chanson de Takarazuka". Moh. C'est mignon. (Et le camion est rose. Forcément, c'est un camion-poubelle, mais japonais, alors il se DOIT d'être kawaii.)

Ensuite, il y a le camion des encombrants, qui annonce au mégaphone que si on veut se débarrasser de certains meubles, ils sont là pour les reprendre, moyennant finances.
Ensuite, il y a les pubs diverses et variées, toujours annoncées au mégaphone. Les pubs pour du warabi mochi (de la pâte de riz gluant enrobé de poudre de thé vert) par exemple. D'accord, je comprends, c'est de la bouffe, donc c'est super important, mais QUAND MÊME.

Et ensuite, il y a ce qu'il y a maintenant, c'est-à-dire, une période d'élections. C'est-à-dire, des camionnettes de support aux candidats, qui passent par toutes les petites rues en criant très fort au mégaphone "je suis machin ! Votez pour moi ! Je m'occupe des écoles primaires, des machins, des bidules ! Je suis MACHIN ! MACHIN ! MACHIN ! Merci beaucoup !" qui passent et repassent plusieurs fois par jour (je pense qu'hier dimanche, on a dû frôler les trente fois. Il y en a un qui est déjà passé deux fois depuis que j'ai commencé à écrire cet article. Promis, demain je compte, sans rire). Il y a les messages enregistrés sur un ton monotone et les messages enregistrés d'une voix si hystérique qu'on a l'impression que la pauvre nana (oui, c'est toujours une nana qui fait les annonces) va exploser sous peu, ou va finir par s'asphyxier.
Sans compter les MANIFESTATIONS électorales, avec un mec qui défile dans la rue en gueulant au mégaphone (TOUJOURS le mégaphone) de voter pour tel abruti, et quarante péquenauds derrière lui qui le suivent en répétant toutes ses phrases. Le tout à huit heures du matin un dimanche.
AAAAAAAAH.

Ça m'a rappelé un dimanche en février, je crois, où il faisait beau et où, avec mes parents et mon frère, on était allés passés l'après-midi chez ma sœur, qui habite un coin très tranquille dans le Tarn. On mangeait du gâteau sur la terrasse, et au loin, sur la colline d'en face, il y avait un tracteur ou quelque chose du genre, dont on entendait vaguement le bourdonnement continuel. Mon beau-frère disait que c'était pas croyable de gâcher le dimanche des gens comme ça.
Cher beau-frère, je sais que tu ne le feras pas, mais je te le dis quand même : ne viens jamais habiter au Japon.

Il y a aussi tous les petits bruits parasites quand tu te déplaces, comme par exemple la petite musique de quand tu rentres dans un convenience store, pas un simple "ding", non, de la MUSIQUE (oui, Family Mart, c'est de toi que je parle, mais tu n'es pas tout seul), la dame des escalators qui t'annonce "vous êtes sur un escalator qui monte" (oui, merci de me le dire madame, je ne m'en étais pas rendue compte), les ambulances qui huuurlent, qui huuuuurlent dans la rue, même pendant la nuit, les motos qui passent en pétaradant (ah tiens, voilà la camionnette électorale qui repasse pour la troisième fois!), etc…

Alors voilà. Japon, je ne comprends pas. Si tu passes ton temps à imposer le silence à tes habitants, pourquoi est-ce que tu ne le fais pas jusqu'à bout ? Pourquoi une musique pour un camion de poubelles ? On SAIT qu'il va passer à huit heures trente du matin, c'est marqué sur le planning ! Pourquoi vouloir à tout prix réveiller les pauvres hères qui ont besoin de dix heures de sommeil pour bien récupérer ? Et toutes tes propagandes électorales, je ne sais pas, mais si j'avais le droit de vote dans ton pays, ce serait le moyen le plus radical pour me pousser à voter pour le seul qui ne passe pas la journée à m'emmerder ! (Ah tiens. Quatrième fois. Gniiih!)

Le Japon et le bruit, le mystère reste entier.

(Cet article vous a été pondu par les nerfs de Sana, qui sont mis à l'épreuve depuis cinq jours de campagne électorale intensive, et qui ont encore trois jours à tirer jusqu'aux élections de dimanche prochain.) 

Allez, la prochaine fois je vous pondrai un article plein de rêve et de bonheur, pour compenser ! (Surtout que je vois ma famille d'accueil à Nagoya donc ça va être fort probable.)

Des bisous à vous en attendant !